Avec 78 millions de personnes en ayant déjà consommé, le cannabis est la drogue la plus répandue en Europe[1]. En France, 41% des 15-24 ans en ont déjà fumé… en totale illégalité.

L’Uruguay et certains États des États-Unis ont récemment légalisé sa consommation sur leur territoire, le Premier Ministre canadien a annoncé son intention de faire de même. Dans notre pays, le sujet reste largement tabou et cette possibilité n’est même pas évoquée par le Gouvernement.

Deux séries d’arguments plaident pourtant dans le sens de la légalisation du cannabis : le constat d’échec des politiques actuelles ainsi que la meilleure maitrise de la consommation permise par cette nouvelle approche.

De cette façon, notre gouvernement affirmerait aussi les libertés individuelles face aux conservatismes tout en assurant la protection des populations.

  • L’échec des politiques actuelles est incontestable, tant en terme de prévention, de répression, que de protection des consommateurs de cannabis.

Les politiques de « guerre à la drogue », tant en ce qui concerne le trafic de cannabis[2] que sa détention[3], ne font pas baisser la consommation de cannabis.

En France selon l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies, il y aurait 4,6 millions de personnes qui consomment du cannabis au moins une fois dans l’année, dont 1,4 millions de consommateurs réguliers[4] !
La prévalence du cannabis dans notre pays ne diminue pas significativement, elle reste l’une des plus élevées d’Europe[5].

La valeur du « marché national du cannabis » avoisine le milliard d’euros[6]. Ce marché est, en plus de l’auto culture, contrôlé par des réseaux de trafiquants qui déstabilisent certains quartiers. Cette situation explosive perdure depuis de nombreuses années.

La prévention et la protection des consommateurs de cannabis ne sont pas non plus satisfaisantes.

Dans ce contexte « prohibitionniste », les consommateurs doivent parfois prendre des risques pour acheter du cannabis. Le risque se situe aussi dans la mauvaise qualité de la substance achetée car mélangée avec d’autres produits pour en augmenter le poids.

Enfin, les consommateurs ne peuvent pas non plus être suivis de façon efficace pour les aider à modérer ou arrêter leur consommation. Actuellement, les usagers sont accueillis le plus souvent dans les centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie. Faute de ressources conséquentes – elles sont utilisées à des fins répressives – l’accompagnement des consommateurs pour modérer leur consommation ne peut se faire à grande échelle comme c’est le cas pour le tabac ou l’alcool…

  • La légalisation permettrait de contrôler la distribution, la qualité, et de mieux accompagner les populations en difficulté.

Interrogeons-nous d’abord sur la dangerosité de la substance : un rapport de Bernard Roques[7], commandé par Bernard Kouchner classe différents produits (l’alcool, la cigarette, la cocaïne, l’héroïne et le cannabis), en fonction de leur addiction et de leur toxicité.

D’après ce rapport, parmi tous ces produits, le cannabis est le produit le moins nocif pour la santé. Dans ce cas, pourquoi pas ne pas légaliser sa consommation comme c’est le cas pour le tabac et l’alcool ?

La légalisation dans le cadre d’un monopole public aurait plusieurs avantages.

D’abord, la légalisation en elle-même entraînerait une réduction des dépenses publiques liées à la répression. Ces dépenses, inefficaces, sont aujourd’hui estimées à plus de 500 millions d’euros par an par plusieurs études !

La protection des consommateurs serait également améliorée dans la mesure où la distribution et la qualité des produits vendus serait contrôlée.

La légalisation permettrait surtout de mieux accompagner les populations en difficulté en allouant des ressources conséquentes à la prévention, en particulier chez les jeunes adultes.

En plus des économies réalisées par la diminution de la charge de travail des policiers et du système judiciaire, la vente légale et donc taxée du cannabis serait une nouvelle contribution aux comptes publics. L’apparition de points de vente et de conditionnement légaux permettra également la création de nouveaux emplois.

La distribution exclusive par l’État permettrait surtout de contrôler les prix et de garantir une relative stabilité du nombre de consommateurs et du volume consommé. Légaliser le cannabis à un tarif proche du tarif de marché diminuerait le trafic clandestin et marginaliserait les filières parallèles et donc leur emprise sur certains quartiers.

Il est temps de s’orienter vers un modèle plus réaliste et de ne plus fermer les yeux sur cette réalité.

Le cannabis est certes une substance qui peut avoir un impact sur le comportement et la santé des individus, mais pas plus que l’alcool ou la cigarette, dont la consommation est pourtant légale[8].

Dans un cadre bien défini qui permettrait d’assurer la sécurité de tous les citoyens – interdiction de conduire sous l’effet du cannabis notamment – pourquoi ne pas légaliser sa consommation comme d’autres pays l’ont déjà fait ?

Ce serait aussi une occasion forte d’affirmer un libéralisme de gauche qui offre, face aux dogmes conservateurs, des libertés supplémentaires sans rogner sur celles des autres citoyens ni mettre en danger leur sécurité.

Benjamin

 

[1] Statistiques de l’observatoire des drogues et des toxicomanies (EMCCDA).

[2] Le trafic de stupéfiants fait l’objet d’une pénalisation sévère qui s’est durcie depuis la fin des années 1980 : les peines encourues peuvent aller jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité et une amende de 7,5 millions d’euros.

[3] La détention de cannabis est normalement passible d’une peine allant jusqu’à un an d’emprisonnement et 3750 euros d’amende.

[4] Statistiques de l’observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT).

[5]  Statistiques de l’observatoire des drogues et des toxicomanies (EMCCDA).

[6] « La réponse publique en France », dans Cannabis Données Essentielles.
Saint-Denis, OFDT, 2006, 37 p. – des saisies en hausse

[7] Rapport de Bernard Roques de 1998.

[8] Moins de 10% de consommateurs excessifs deviennent dépendants au cannabis, ce qui n’est pas négligeable mais très inférieur au risque induit par les consommations excessives d’alcool ou de tabac.