revenu de base

Le Revenu de Base, connu également sous d’autres noms (revenu universel, revenu inconditionnel, allocation d’existence, etc.), est devenu en quelques mois un thème incontournable de discussion. Pourtant, de nombreuses zones de flou demeurent. Parce qu’il s’agit d’un objet complexe, touchant à de nombreux éléments de notre modèle socio-fiscal. Mais surtout parce qu’un tel changement peut fait peur. Peur aux nombreuses personnes encore mal informées, qui se demandent où est l’arnaque dans un système vanté comme étant formidable. Mais surtout peur aux conservateurs, qui veulent qui rien ne change, et surtout pas l’ordre social établi.

Mais prenons les choses dans l’ordre. Qu’est-ce que le revenu de base ? Il s’agit d’une allocation unique versée à chaque membre d’une communauté politique donnée. Si l’on décidait de le mettre en place en France, cela voudrait dire que chaque citoyen français (ou chaque résident légal, suivant les choix qui sont faits) toucherait chaque mois une somme d’argent fixe (mettons 600€ pour l’explication). Il n’y aurait aucun contrôle sur cette somme, chacun en ferait ce qu’il voudrait. Et insistons : tout le monde la percevrait. Certains ont dû, à la lecture de ces dernières phrases, sursauter violemment. « Comment, même les riches ? Mais ce n’est pas soutenable ! Tout le budget de la France n’y suffirait pas ! » Effectivement, c’est pour cela qu’il faut mettre en place parallèlement au revenu de base, une réforme fiscale de grande ampleur. Et donc, en vérité, les « riches » redonneront par l’impôt leur revenu de base. Mais dans ce cas, à quoi cela sert-il de mettre en place un revenu de base ? De nombreuses raisons existent : simplifier notre système socio-fiscal, vaincre la grande pauvreté, faire des économies de gestion, etc. Mais le revenu de base est avant tout un formidable outil d’émancipation pour les individus. Chacun, bénéficiant d’un socle pour satisfaire ses besoins primaires, sans crainte que cela lui soit enlevé, pourra beaucoup plus facilement choisir son mode de vie. Le revenu de base fait fondamentalement évoluer notre rapport au travail, et constitue la clé de voûte des avancées sociales des siècles qui nous ont précédés.

Évidemment, les effets ne seront pas les mêmes suivant le revenu de base choisi. Car voilà le hic, il n’y a pas un seul revenu de base, il y en a plusieurs. D’où certaines confusions, et il est vrai que ce n’est pas simple de s’y retrouver. Classiquement certains renverront dos à dos le « méchant revenu de base libéral » (comprendre capitaliste), censé être le dernier moyen inventé par certains pour asservir le peuple, et le « revenu de base utopiste de gauche », censé être infinançable car au montant trop important. La réalité est beaucoup plus complexe. La paternité du revenu de base est effectivement multiple, d’où des divergences souvent très importantes entre des versions « de droite » et « de gauche », que ce soit au niveau de la philosophie, du financement, du montant, etc. Mais en vérité, quand on commence à s’intéresser de près à la question, on se rend compte que les différences commencent à s’estomper, pour laisser la place aux options réalisables. Des oppositions demeureront, par exemple entre ceux qui proposeront la mise en place d’un impôt proportionnel (plus connu sous le nom « flat tax ») et ceux qui ne voudront pas en entendre parler. Mais un consensus émergera progressivement des discussions, une version médiane, entre la régression d’un montant trop bas et l’utopie d’un montant trop élevé.

Le vrai combat ne se fera donc pas entre gens convaincus par l’idée du revenu de base, mais entre les progressistes qui appelleront cette révolution de leurs vœux et les conservateurs qui refuseront de faire bouger les lignes existantes.

Elles ont déjà beaucoup bougé, mais il reste encore beaucoup de travail. Nous nous trouvons enfin avec un outil adapté à notre société, souple et évolutif. Cela réveille donc les ardeurs des personnes pour qui « c’était mieux avant » et qui ne veulent pas d’un pays en mouvement. Le revenu de base est profondément un projet libéral, car il rend chaque citoyen autonome et responsable. 

La question est donc simple : dans combien de temps mettrons-nous en place ce nouveau contrat social ? Cela dépend des politiques, mais surtout des citoyens, qui doivent s’emparer de ce projet et donc forcer leurs représentants (car gardons en tête que nos élus ne sont que ça) à s’y intéresser. Il ne faut pas que cela reste une idée à la mode. Il faut rentrer dans le dur du sujet, dans la complexité de la mise en place. Des expérimentations sont en cours de préparation, il faut s’y intéresser, tout en gardant en tête que les résultats n’auront pas une grande valeur. Il faut également regarder ce que vont faire les autres pays.

Bref, il faut s’intéresser à l’idée, approfondir les propositions, les confronter, les améliorer. Le revenu de base n’est pas la panacée, la potion magique qui tout d’un coup transformerait de fond en comble notre modèle social. Mais ce serait un rouage majeur d’évolution. Faisons donc en sorte que cela ne reste pas seulement une belle idée, mais que cela rentre dans le champ du concret.

Valentin Guillaume

Valentin Guillaume

Invité du lib-lab

Membre du Mouvement Français pour un Revenu de Base, Membre des Jeunes Démocrates